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22/10/07 Suite de “L’invention de la sociologie” p1 > p2


III. Marx

L’arrivée de Marx en Angleterre marque son intérêt pour l’économie, notamment en termes d’enquêtes sociales de la condition ouvrière. Il y passera les 40 dernières années de sa vie et collaborera avec Engels sur un certain nombre d’ouvrages. Au cours de ses recherches, Marx se demande dans quelles mesures l’industrialisation a-t-elle été rendue possible ? Nombre de penseurs du 18ème/19ème siècle sont animés par cette interrogation. Comme Proudhon, Marx se rend compte que la philosophie ne peut pas saisir les évolutions liées à la révolution industrielle. Dans ses écrits, il n’y a pas de différence entre le phénomène d’industrialisation et, ce qu’il appelle, le capitalisme (notion qui fut un de ses grands apports dans la pensée sociologique). Le phénomène d’industrialisation ne se réduit aux grandes découvertes scientifiques car ce phénomène est imputable au système capitaliste. Il réalise donc une synthèse entre les apports de la philosophie, des théories sociales et de l’économie afin d’appréhender le phénomène d’industrialisation. Dans son œuvre inachevée Le capital, dans lequel il fait référence à Aristote, Smith, Ricardo et aux enquêtes sociales sur la condition ouvrière et paysanne, il construit sa pensée sur le capitalisme. Selon Marx, ce n’est pas la manière de produire qui est nouvelle mais l’abandon des connaissances des ouvriers sur leur métier d’origine (artisan ou paysan) au profit d’une activité aliénante. Une première dimension de l’industrialisation est de créer un même statut pour ces artisans et paysans qui viennent dans les usines pour y trouver du travail, ce sont les ouvriers industriels. La deuxième dimension se retrouve dans la question du capital. Il y a chez Marx une capacité à critiquer les penseurs, il n’est pas dans le consensus ou l’harmonie mais plutôt dans la confrontation/l’affrontement. Mode de penser qui est particulier au style de l’époque au cours de laquelle il était possible de critiquer la pensée de l’autre à condition de l’avoir lue préalablement.
Des interrogations s’amorcent autour de la question de la richesse : qu’est-ce qui fait que les riches sont riches ? Pour l’époque, un riche est une personne qui possède des terres/domaines, qui a de l’argent/or (monnaie). Or, l’argent s’épuise (cf. histoire de l’Espagne) et c’est le commerce qui est à la source de la richesse (cf. A. Smith). Parallèlement à ces idées, certains pensent qu’une nation riche en hommes sera, à un moment donnée, riche elle-aussi (cf. théorie française). Sauf que le paradoxe persiste entre une nation de plus en plus riche et une population de plus en plus pauvre. C’est ce hiatus que Marx va tenter d’expliquer à travers la question du capital. Si le système industriel fonctionne en immobilisant l’ensemble des richesses, soit l’ensemble du capital disponible pour la production de biens, alors à quoi sert l’argent gagné après la vente de ces biens ? A l’époque de Marx, une partie du capital était utilisée pour la production et une autre partie pour contribuer à la construction de la société. Sauf que, désormais, la majeure partie du capital est réinjectée dans la production et la partie restante, plus réduite, se partage inégalement entre le capitaliste, qui s’en accapare la majorité, et les ouvriers. Dans Le manifeste, il parle de bourgeois alors que dans Le capital, il parle de capitalistes. L’économie ne suffit pas à expliquer cette inégalité entre les classes car, au sein même de celles-ci, des groupes et des individus sont en lutte pour le partage de la richesse. Marx dira que l’histoire des sociétés est l’histoire de l’affrontement de certains groupes (sociaux) pour la répartition de la richesse. La pensée de Marx est complexe car elle s’efforce d’exprimer l’imbrication des sphères politique et économique. Le capitalisme renvoie, en effet, à une manière d’organiser la société. Par ailleurs, cette tentative de réunification voire de confrontation du politique et de l’économique sera une des bases de la compréhension de la société, soit de la sociologie. L’ouvrage de Marx, Critique de l’économie politique, rend compte du regard critique qui caractérise les sciences humaines dans leur ensemble. Il s’agit d’adopter une position contraire sur l’ordre naturelle des choses lesquelles ne sont pas admises comme normales car elles ont été construites. Reste à les mettre en question et à les déconstruire (principe de la philosophie) pour mieux expliquer que les choses naturelles ne le sont pas réellement.
La société ne dépend donc pas de la science naturelle (la biologie) car elle est une construction qui doit être démontée pour en connaître les modalités. Cet aspect méthodologique est un élément essentiel pour l’ensemble des sociologues. Il n’existe pas de phénomène social qui soit naturel selon Marx, soit un combat entre l’inné et l’acquis. La sociologie a tendance à réfléchir en termes d’acquis, lesquels peuvent être amenés à se transformer. La sociologie ne se situe pas du côté de l’hérédité ou de l’atavisme mais dans le champ social où l’existence est déterminée autant socialement que génétiquement.
L’idée de modifier la règle de redistribution des richesses se concrétisent par l’avènement de l’Etat Providence qui redistribuera une partie de la richesse pour les redistribuer aux ouvriers. Or, tous ne sont pas d’accord sur la manière de redistribuer les richesses, ce qui crée des conflits et des oppositions. Marx va appeler ces groupes des classes sociales. Il écrira aussi dans Le 18 Brumaire, que l’histoire est l’affrontement entre les différents groupes sociaux, l’histoire est donc celle de la lutte des classes pour la répartition des richesses. Les sociétés évoluent avec, en son sein, une modification des groupes qui s’affrontent mais la confrontation entre les groupes est toujours présente. Les classes se transforment car le système économique évolue et leur rapport est de nature conflictuelle. Marx raisonne en tenant compte à la fois de l’aspect économique et de l’aspect politique. C’est la question des classes sociales qui a rendu Marx célèbre. La pensée critique consiste à se demander si les pauvres ont toujours été les mêmes ? Les œuvres de Marx ne proposent pas une définition des classes sociales mais, d’après ses travaux, les classes sociales vont évoluer. Dans Le manifeste, les bourgeois et les prolétaires sont en conflit et l’affrontement nécessite deux clans. Dans Le capital, Marx s’interroge sur la place des paysans dans l’évolution de la société : les paysans qui ne sont pas propriétaires vont devenir des ouvriers et les propriétaires terriens deviennent soit des capitalistes, soit des paysans et, par la force des choses, des ouvriers. L’industrialisation touche aussi l’agriculture car même s’il y a plus de travail, la main d’œuvre se réduit du fait des avancées technologiques dans le domaine agricole. Il analyse les conflits à l’intérieur des classes et remarque qu’au sein d’une même classe, il existe des subdivisions entre propriétaires terriens et industriels dans la classe dirigeante et entre le prolétaire et le sous prolétaire dans la classe ouvrière. Les prolétaires sont ceux qui savent s’organiser en comprenant, notamment, le danger que représente Louis Bonaparte devenu Napoléon III et en faisant la révolution car ils ont la conscience de se révolter. Les sous prolétaires sont ceux qui se sont laissés séduire par Napoléon III contre très peu d’argent dans le but de créer des troubles favorables au coup d’Etat. Pour Marx, il faut se méfier du sous prolétariat car cette classe est dans un tel état de pauvreté qu’ils n’ont pas de conscience pour se révolter. Marx nous introduit donc dans la complexité avec ces subdivisions à l’intérieur des classes. Une société est composée de classes qui sont en conflit ou non certaines par rapport à d’autres à différents moments de l’histoire. Marx élabore une réflexion sur le phénomène d’industrialisation, le capitalisme, le conflit, les richesses et les classes. Le conflit est le moteur de l’histoire des sociétés car il explique les évolutions de ces dernières : c’est l’histoire sociale.

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