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15/10/07 - “ Penser la société ” in Origines et fondements de la sociologie


Les premières connaissances sur les sociétés ont été produites par les Etats, par exemple : la connaissance des chiffres remonte à la plus haute antiquité. Par ailleurs, l’Etat existe à partir du moment où il parvient à retenir les informations : l’INSEE a le monopole de la production de données qui découlent du recensement dans le but d’informer l’Etat et ses composantes.

Les utopistes

Quand des écrivains/penseurs/savants pensent la société, ils partent du présupposé que la société ne fonctionne pas comme elle devrait. C’est pourquoi, ils proposent une réforme de la société. Une réforme est une réflexion qui se caractérise par une vision d’ensemble de la société.
La première des utopies vient de Grèce et est illustrée par la pensée de Socrate (470-399) et celle de son disciple Platon (428-348), sorte de double personnalité complémentaire. L’événement fondateur en Grèce, dit le « miracle grec », a lieu au 5ème siècle avant J-C et il consiste à rendre possible la séparation des sphères politique et religieuse. Cette rupture introduit un espace de réflexion qui est le premier dans l’histoire de la pensée occidentale. Socrate et Platon voient dans un premier temps la société telle qu’elle est pour qu’en un deuxième temps ils puissent l’imaginer comme ils la voudraient. Le premier élément de leur réflexion est que la société grecque est divisée en deux catégories absolument étrangère l’une de l’autre (les hommes libres et les esclaves). Leur vision de la réalité est juste mais biaisée, matrice de la plupart des utopies. Le début de la pensée sur les groupes humains/la société se caractérisent donc par une perception antagoniste de l’humanité (cf. Abel le berger et Caïn l’agriculteur in La Bible). On retrouve cette division dans les clivages actuels entre nomades et sédentaires. Le côté vrai de la vision binaire est qu’un choix s’opère entre les deux camps, sauf qu’aucune société n’est réellement divisée en deux catégories (sauf en tant de guerre). En revanche, le point aveugle de l’utopie est cette division. Dans l’ouvrage (La République) qui relate cette réflexion sur la société/la cité idéale, la ville s’appelle Kali polis (la ville du bien) et la société est pensée en trois parties : les gardiens (rois et philosophes), les auxiliaires (guerriers protecteurs) et les travailleurs (immobilité sociale). De ce fait, la dimension économique n’est supportée que par une catégorie de population. La société reste inégalitaire entre ceux qui produisent, ceux qui protègent et ceux qui dirigent. Les utopies mêlent souvent une volonté de comprendre avec une volonté d’agir mais ce n’est pas de la pensée pure car il existe une volonté de transformer la société.


Le problème dans les utopies est qu’elles sont totalitaires car elles envisagent le chef de la cité comme le seul à penser le bien de tous. Dans un même temps, puisque la société est idéale, elle n’a plus besoin de transformer la société. Dans la ville de Kali polis, il est interdit de sortir de la cité car elle est idéale donc il n’y a pas de raison d’en sortir. Cet impératif est d’ailleurs commun à toutes les utopies qui rendent les voyages à l’étranger dangereux car ils pourraient transmettre des idées différentes de celles véhiculées par l’utopie.


Les utopies célèbres sont celles de :

Tomas More (1478-1535) qui imagine la ville U. Topia (sans lieu), société pensée par rapport à ce que More reprochait à la société anglaise de son époque (cf. sous le règne du roi Henri VIII). Il en mourra, décapité, et sera sanctifié en tant que martyre de l’Eglise. Dans son utopie, le travail est la base de fonctionnement de la société, tout le monde en a et il permet le bien être de chacun.
Entre le 16ème et le 17ème siècle s’observe une sorte de mode des utopies
Le 19ème siècle est le siècle des utopies, notamment avec celle de Fourier (1768-1830) dont les apports donneront lieu au fouriérisme, courant de pensée pour qui la ville est corrompue et il s’avère nécessaire de reconstituer des collectivités à la campagne, dites des phalanstères (exemple : kibboutz, communautés soixante-huitardes).
L’utopie communiste/marxiste a aussi marqué ce siècle. Elle peut s’expliquer par la phrase : « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Les deux problèmes que cette conception pose sont que, d’une part, mêmes si les besoins/désirs sont infinis, les ressources sont, quant à elles, limitées, d’où le hiatus (manque de cohérence). D’autre part, reste à savoir qui va arbitrer la légitimité des besoins ? (risques de prise absolue du pouvoir.
La limite des utopies réside dans les difficultés rencontrées dès lors qu’elle recherche à s’incarner. Bien que l’utopie consiste en une réflexion sur la société dans son ensemble, les formes idéales abouties qui en résultent empêchent l’évolution de la société.

La politique

La politique consiste en une réflexion sur la cité, c.a.d sur la façon dont vivent les hommes en société. Aristote, in La politique, fut l’un des premiers à penser la société, philosophe qui s’interroge sur l’homme dans la société, soit l’homme avec d’autres hommes. Il se demande donc se qui caractérise l’être humain. Pour lui, l’homme ne peut vitre seul, il est un animal politique et s’il ne s’organise pas avec ses semblables, il n’est pas un homme. La nature humaine est définie par un déterminisme politique voire culturel. D’ailleurs, chez Aristote, les sphères politique, sociale et culturelle sont étroitement imbriquées. Pour penser l’homme, il faut donc le penser avec les autres (branche de la philosophie politique qui sera constitutive de la sociologie). Il se démarque de Platon, pour qui les choses sont figées, en prévoyant qu’un jour il n’y aurait plus d’esclaves. C’est en observant la société, en établissant un état des lieux, qu’Aristote relève des similitudes et des différences entre les hommes. De ce fait, l’organisation de la société repose sur l’organisation d’êtres semblables mais pas identiques. La société est faite de pluralité. La philosophie politique marquée par la séparation des sphères religieuse et scientifique. Les textes des philosophes grecs furent récupérer par les philosophes arabes vivant en Andalousie du 8ème au 9ème siècle, ce qui explique que ces idées se retrouvent dans l’histoire. De plus, la pensée philosophique parvient à s’affranchir de la pensée scientifique, notamment avec Averroès, dit Ibn Rushd (1126-1198), juriste qui a traduit Aristote en arabe. La connaissance n’est pas antinomique et ne constitue pas une limite à la croyance. Néanmoins, elles peuvent aller dans le même, selon un discours décisif (cf. hérésie cathare inspirée par Averroès). Sauf que même s’il possible de séparer la religion de la science, reste des pratiques (médicales) antinomiques avec la religion.
L’arrivée de la pensée grecque en occident s’est aussi illustrée par la pensée d’Avicenne (au 11ème siècle), médecin et philosophe persan, d’Augustin (au 13ème siècle), philosophe et théologien chrétien et de Thomas d’Aquin (au 14ème siècle), théologien et philosophe italien. La Renaissance constitue une période où un espace de réflexion/travail s’ouvre à côté de la religion, ce qui explique le développement de l’art et de la philosophie ainsi que l’émergence de modes de penser la société inédits pour l’époque.
Machiavel (1469-1527) in Le Pince observer Laurent de Médicis, donc un homme d’Etat capable de gouverner. Contrairement à d’autres, Machiavel n’est pas dans l’illusion de l’utopie, il décrit la société telle qu’elle est et montre ainsi les rouages d’une partie de la société c.a.d le pouvoir (cf. la pensée du complot). Force est de retenir que les sciences sociales ne visent pas le confort dans l’explication des pratiques et des représentations. Machiavel est à l’origine de nombreux textes sur la question du pouvoir voire l’organisation politique. Hobbes, quant à lui, estime que s’il n’y as pas d’Etat, l’homme vit comme un loup au milieu des autres loups. De ce fait, la politique ne peut survivre que si elle réfléchit sur le pouvoir. Il faut faire la différence entre le politique qui renvoie à l’organisation de la société et la politique qui renvoie à l’exercice du pouvoir, d’où l’intérêt de savoir de quelle manière sont arbitrés les besoins et les désirs si la société ne veut pas perdre son humanité. L’Etat représente cet arbitre. De plus, la pensée sur l’Etat se structure à un moment où les pouvoirs royaux sont plus importants que les pouvoirs locaux. La sociologie politique est donc issue de l’héritage de la philosophie grecque, des textes de Machiavel et des penseurs du 17ème siècle. Hugo Grotius et Etienne de La Boétie, in Le discours sur la servitude volontaire, évoquent le pouvoir du peuple et expliquent que le tyran n’existe que si le peuple accepte d’être tyrannisé, donc les auteurs sont à faveur de l’arbitre mais contre l’arbitraire.

Les voyageurs

Les apports des voyageurs se caractérisent par une réflexion sur la relativité, base importante pour penser la société. Les vérités sont relatives et non absolues. Reste à savoir comment se sont organisées d’autres sociétés pour faire société ? Hérodote (484-425 avant J-C) est revendiqué comme le pionner en matière de géographie et d’histoire, sauf qu’il n’était pas historien (en grec, histoire signifie enquête). Il voyageait pour voir ce qui se passait à l’extérieur du monde grec, c.a.d chez les barbares (terme qui vient du grec et signifie « qui n’est pas grec »). Il cherche à savoir s’il est possible d’être à la fois barbare et humain ? L’humanité se définit-elle par une vision partagée par tous ou n’impliquerait-elle pas l’idée que chacun est le barbare d’un autre ? Dans les ouvrages d’Hérodote, un mélange d’histoires et de récits se retrouvent pour mieux saisir comment une société humaine entre en relation avec une autre société humaine qui lui est proche ou éloigné. Les penseurs voyageurs sont partagés entre admiration et horreur sur ce qu’ils découvrent.
Marco Polo (1254-1324), vénitien du 13ème/14ème siècle, raconte son voyage en Chine, in Le livre des merveilles du monde, pour savoir ce qu’il a à retenir des différentes sociétés. Son retour signe le début de la consommation de pâtes et l’utilisation d’encre en Italie. Ces voyages démontrent que différents produits venus d’ailleurs ont été introduits dans les habitudes des occidentaux. Marco Polo annonce les découvertes de Christophe Colomb et les interrogations qui en découleront comme : les indiens sont-ils de hommes et ont-ils une âme ? Puisqu’il s’agit d’un monde nouveau, ont-ils été créés avant ou après l’occident ? La question du semblable et du différent ne cesse de se poser entre le 14ème et le 15ème siècle où s’observe un brassage des idées.
En voyageant à travers l’Europe, Montaigne (1533-1592) s’est posé la question de la relativité, in Essais. Il s’interroge sur la différence c.a.d le passage de la frontière du conforme/homogène. Les voyages lui permettent d’établir une distanciation par rapport à ses pairs (les gascons de Sicile) car s’il y a rapprochement avec ses semblables, il ne s’agit que d’un déplacement : « Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà », ce qui est vrai en France ne l’est pas forcément ailleurs (cf. Pascal s’est approprié ses propos). La civilisation n’est donc pas un monopole de l’Europe, les autres peuples ont eux-aussi une civilisation : « il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort ». Même si les coutumes et les lois diffèrent d’un pays à l’autre, elles restent humaines et le voyageur a l’obligation de les respecter.
Le 18ème siècle est le siècle des récits de voyages (voire des fictions). Dans les récits, la confrontation entre le bon et le mauvais sauvage (cruel et insoumis) est récurrente et la question des préjugés est latente. Montesquieu, in Les lettres persanes (1721), fait comme si il était un persan à Paris (ethnologie inversée). D’où une distanciation sur sa propre culture nécessaire pour pouvoir écrire sur Paris à la manière dont il l’aurait fait s’il fut été dans un pays étranger. Ce premier livre d’ethnologie, car l’ouvrage met en exergue la capacité à être distancié sur sa propre culture, met fin à la querelle entre les bons et les mauvais sauvages en apportant une réflexion sur les différentes possibilités d’organisation des autres sociétés. A ce propos, Montesquieu est proche de Montaigne.

Les lumières

Au cours de la Renaissance, la science s’est autonomisée (exemple : la philosophie). Un retour s’opère sur la question des philosophes grecs relative à la compatibilité entre la raison et la foi, soit entre la philosophie et le religieux. Pendant tout le Moyen Age, les sphères étaient mélangées/indistinctes alors qu’au 18ème siècle, les penseurs s’interrogent sur la place de l’homme dans l’ensemble de l’univers. La société est alors pensée à partir de l’homme et non plus du divin (cf. courant humaniste), la marge de manœuvre de l’homme est donc plus grande et, progressivement, la connaissance va se constituer en dehors de la religion. Descartes annonce le siècle des Lumières avec Les médiations métaphysiques qui ouvrent une réflexion sur comment accéder à la connaissance ? La pensée des Lumières est centrée sur l’autonomie des humains. Ce courant de pensée se propage dans toute l’Europe (Allemagne avec Kant, France, Angleterre) à un moment où la question de la cohabitation entre catholiques et protestants devient primordiale. D’où la nécessité d’un espace de réflexion extérieur à la religion car si cette dimension englobe tous les aspects de la vie humaine, les hommes continueront à s’entretuer.
En France, sous Henri VIII, s’exerce une sorte de tolérance qui permet de mettre l’homme au centre de la réflexion (cf. creusé des sciences humaines). De ce fait, dès lors que l’homme est placé au centre, les découvertes se font nombreuses. Ce siècle fait naître une autre figure : celle du savant. Cette figure accompagne le mouvement encyclopédiste qui estime que tout ce qui existe peut être objet de savoir. L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert a été écrite entre 1751 et 1766 (cf. www.galica.fr ) et marque le triomphe de la raison face à la religion. Du coup, tout ce qui faisait objet de réflexion de la part des religions (cf. Université théologique de la Sorbonne) va perdre son pouvoir, la religion perd des pans de sa discipline. En 1793-1794, l’Universités théologique n’a plus le monopole du droit canon/religieux, lequel va désormais émaner des juristes. Par exemple, le mariage ne représente plus un sacrement mais une union contractuelle pouvant s’achever par le divorce.
Montesquieu, in L’esprit des lois (1748), se repose la question du pouvoir car même s’il comprend la nécessité du pouvoir, il en envisage les risques, comme l’absolutisme. D’où, l’intérêt de séparer les pouvoirs, question en perpétuel reconstruction, entre ceux qui écrivent les lois (le législatif), ceux qui les font appliquer (l’exécutif) et ceux qui jugent leur non respect (le judiciaire). Cette organisation en trois pouvoirs devrait permettre l’arbitrage et l’empêchement d’un pouvoir absolu. Jusqu’à la moitié du 19ème siècle, la séparation n’est toujours pas effective. Montesquieu ne se limite pas aux lois, il interroge les coutumes, à savoir : comment vont-elles intégrer les lois et comment les lois vont s’adapter aux coutumes ? La coutume est, en effet, plus prégnante que la loi et l’empire ne parvient pas à s’imposer. Historiquement, les empires qui durent sont des empires qui se caractérisent par quelques lois communes et un foisonnement de coutumes différentes. D’après Montesquieu, l’empire fait courir un risque au peuple en lui imposant les mœurs.
Rousseau (1712-1778), in Le contrat social (1762), s’interroge sur ce qui fait que les hommes vivent ensemble : quel pacte signent-ils symboliquement ? L’homme ne pouvant demeurer dans l’état de nature et le pouvoir absolu n’étant pas la solution, il propose un contrat entre les égaux. Le peuple assemblé, contractant des obligations avec d’autres contractants, va constituer la société. Pour fonctionner, la société doit être composée d’égaux. Rousseau, in Discours sur l’origine de l’inégalité entre les hommes, a joué un rôle indéniable dans l’abolition des privilèges et cette pensée a précipité la France vers la révolution.

 

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