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17/10/07 “L’invention de la sociologie : questions sociales, théories sociales, question de sociologie”


La modernité est la période qui se caractérise par l’idée d’un monde fini, l’humanité constitue un tout.

Le 19ème siècle

Le 19ème siècle connaît trois révolutions : la révolution française, dite politique, la révolution industrielle et la révolution urbaine.

La révolution française

Elle constitue l’aboutissement de l’humanisme en posant l’égalité en droit des individus : abolition des privilèges, déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen (1789). La révolution française instaure une rupture en supprimant la noblesse (manants, vilains) et les inégalités en droit. De ce fait, ce n’est plus la naissance/l’hérédité qui constitue l’identité des personnes. Chacun peut, symboliquement, devenir ce qu’il souhaite ou ce dont il est capable. L’idée fondamentale de la révolution est le travail, soit le mérite, qui permet d’accéder aux plus hautes fonctions, par ex : les généraux de l’armée napoléonienne n’étaient pas tous des nobles. Reste à mettre en place un système d’éducation pour tous. Utopie de la révolution qui va porter les grands débats du 19ème siècle : liberté, égalité, fraternité, où la fraternité remplace symboliquement l’unité des royaumes par l’idée que nous sommes tous des frères de la nation c.a.d des citoyens assemblés caractérisant le principe d’unité (d’où une substitution de transcendance). La guillotine est la peine symbole qui rend compte de l’égalité entre les morts. La révolution française concrétise la transformation complète dans la manière d’organiser/de penser la société.
La révolution industrielle
Elle commence en Angleterre et en Allemagne où une modification dans la manière de produire s’opère introduisant un bouleversement des catégories économiques. C’est le passage des sociétés médiévales autarciques et agricoles aux sociétés ouvertes sur l’échange avec un mode de production en masse de biens industriels. Il est à la fois question d’une transformation des manières de produire que des choses qui sont produites (métal, trains, textile). Le réseau ferrer a joué un rôle important de l’ouverture sur l’échange, notamment avec la suppression des droits de douane départementaux (ex : barrières de l’octroi à Paris). La mécanisation, en particulier dans le textile, va changer la manière de produire dont les conséquences seront la massification (réunion en un même lieu d’un nombre de personnes faisant la même chose) et l’exode rural. Les métiers à tisser seront remplacer par la production de masse, soit une intensification du travail, créant un nouveau statut : l’ouvrier industriel.

La révolution urbaine

Un phénomène de concentration se produit par la réunion des travailleurs industriels en un même lieu. De ce fait, des villes européennes (Berlin, Paris) et américaines (Chicago, New York) voient leur population augmenter considérablement. Le phénomène d’industrialisation va renforcer la perception d’une nouvelle catégorie : les ouvriers. C’est le passage des manufactures aux usines qui va faire migrer des populations désocialisées en provenance de la campagne (cf. L’assommoir de Zola). D’où, l’émergence de la question sociale qui se pose en deux termes :
grâce à la révolution industrielle, la société s’enrichit (période de croissance) et l’homme du 19ème siècle a gagné son combat contre la nature. Il y a cette idée de maîtrise dans la production des biens (idem dans la révolution agricole)
force est de remarquer que cette croissance dans la production des biens a fait accroître le nombre de pauvres qui s’avèrent être ces travailleurs industriels (cf. la pauvreté est associé au fait de ne pas avoir de travail). Du coup, le travail ne suffit plus à sortir de la pauvreté
La pauvreté fonde un scandale du fait que la révolution française pose les bases d’une égalité, d’où l’intérêt de devoir y remédier. Le hiatus entre l’égalité en droit entre les citoyens et l’inégalité en fait entre les individus rend compte du côté utopiste mais fondateur de la dimension politique imbriquée dans une réalité économique oppressante pour les travailleurs industriels. Il est alors nécessaire de poser la question sociale comme une volonté de réduire les antagonismes entre les sphères politique et économique, le principe de redistribution en découlera. En somme, reste à concevoir la place de l’État (cf. Hegel)

Les théories sociales

L’idée de base des théories sociales est d’admettre la révolution française non pas comme une fin mais un commencement. Les penseurs vont donc se demander quelle sera la manière de mieux organiser la société ?
L’un des premiers à se poser cette question est Saint Simon (1760-1825) in Essai sur l’organisation sociale, 1813, dans lequel il instruit sur la biologie et pense la société comme un organisme vivant. Il élabore des théories qui prennent le corps humain comme métaphore de la société dans le but de saisir ces inégalités comme nécessaires au fonctionnement de la société. Les inégalités s ont dans des différences nécessaires car elles sont fonctionnelles. Il cherche à construire une pensée aussi scientifique que celle sur l’organisme vivant et parle de “physiologie sociale”. Saint Simon se demande comment un ordre social juste et stable pourrait exister car : “ plus les gouvernants seront formés, informés, plus ils seront aidés par des savants et plus la société fonctionnera d’une bonne manière ”. Il est donc question d’organisation de la société par le haut au travers d’un raisonnement rationaliste, soit d’ingénieur. Pour Saint Simon, les corps d’ingénieurs sont nécessaires sur le plan social. C’est pourquoi, sont mouvement dit d’ingénieurs du social, les Saint Simoniens, se développe. L’idée est de pouvoir parvenir à la justice par la science, soit le pouvoir éclairé : “ À chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres “ (cf. propos récupérer par Marx, porte-parole des classes laborieuses). La vision de Saint Simon est très théorique car l’objectif est de réformer la société.
Villermé (1782-1863) et Le Play (1806-1882) vont réfléchir à la manière d’améliorer la société sauf que leur objectif est d’éviter la révolution c.a.d les troubles, les problèmes. Il est question de réformer tout en maintenant l’ordre. Alors que le courant hygiéniste se forme sous l’impulsion de la pensée de Villermé (médecin), les réformateurs sociaux dits les philanthropes se développe suivant les idées de Le Play (universitaire). Pour les uns, les ouvriers ne peuvent pas vivre dans des conditions de travail et d’habitat catastrophiques. Villermé est à l’origine des premières enquêtes sociales, qui font état d’une description misérabiliste des conditions sociales des ouvriers, et de la médecine du travail. Il ne s’agit de changer le travail mais de l’améliorer. Pour les autres, l’étude des budgets familiaux de la classe ouvrière est privilégiée en s’interrogeant sur comment transmettre la vertu de l’épargne ? De manière à inciter les propriétaires des usines à construire des logements : “ c’est par l’autorité des pères de famille que la société retrouvera un bon fonctionnement “. Cette pensée influencera le paternalisme en entreprise.
Un autre problème lié à la classe ouvrière est la dimension morale. Ils ne se marient pas et ont des enfants illégitimes. Il est donc question d’améliorer les conditions de vie et de travail ainsi que de faire entendre raison à cette classe. Pour les hygiénistes et les philanthropes, la déchéance physique produit de la déchéance morale. Mouvement de notables accompagné d’un catholicisme social qui perdure du 19ème siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale. Cabet sera à l’origine d’un mouvement révolutionnaire avec son œuvre Voyage en Icarie (utopie liée à celle de Marx, cf. Eugène Sue in Les mystères de Paris)


Joseph Proudhon (1809-1865) a une pensée plus radicale car il s’agit d’un ouvrier qui s’interroge sur la disparition des artisans. Pour lui, il existe une réelle nécessité de modifier le système économique c.a.d réformer le capitalisme. Comme la société moderne place le travail/l’économie au centre de celle-ci, réformer l’économie revient à reformer la société (cf. dans Philosophie de la misère, Proudhon montre que les catégories de la philosophie classique ne permettent pas de penser la société du 19ème siècle. Le problème de l’industrialisation n’est pas la pauvreté mais la misère, soit la pauvreté dans la richesse. La misère étant la condition des ouvriers, son idée est que pour lutter contre cette main mise de quelques uns sur le travail du plus grand nombre, il est indispensable que les ouvriers retrouvent une manière de se fédérer, soit une organisation dans le travail qui résistera aux méthodes de l’usine. Proudhon est un fervent défenseur de l’idée des coopératives (organisation des ouvriers en force de proposition). C’est lui qui est l’origine des syndicats en France en tant que représentation des ouvriers auprès auprès de la direction mais plus sur un plan anglo-saxon, ex : la cogestion (dialectique entre coopérative et représentation ouvrière dans l’entreprise). Ses ouvrages, comme celui de La propriété, lui causeront quelques polémiques mais sa pensée va s’établir et en inspirer d’autres comme Marx pour qui Proudhon est un modéré car lui préfère opter pour la révolution (1848 où l’État employait les chômeurs pour des activités d’intérêt général : les ateliers nationaux).
La révolution de 1848 va interroger la concrétisation de l’utopie, elle mettra en place le suffrage universel et (re) abolira l’esclavage (cf. J. Donzelot in L’invention du social). Cette révolution interroge aussi sur la manière dont il faut mener un épisode révolutionnaire. Marx est à Paris en 1848, il assiste au coup d’État de Napoléon et fuira ensuite à Londres.

Karl Marx (1818-1883)

La pensée de Marx s’appréhende comme un système de pensée (cf. R. Aron in Les étapes de la pensée sociologique). Marx est un philosophe, il est le disciple de Hegel et prendra une position critique face à la philosophie car il estime que cette discipline n’a pas réussi à expliquer le monde du 19ème siècle. En 1844, il quitte l’Allemagne car ses articles, parus dans la gazette Renan, créent la polémique dans son pays. C’est pourquoi, il vient à Paris car il est nécessaire pour lui de se rendre dans le pays qui est à l’origine de la révolution. Il s’imprégnera du socialisme français dont les fondateurs sont Rousseau, Proudhon, etc. Il adhère au mouvement communiste, qui est un groupuscule, animé par Cabet et devient communiste. Il va commencer à vouloir sensibiliser les ouvriers à la révolution (de 1845 à 1848). L’année 1848 se caractérise par le “ Printemps des peuples”, des manifestations ont lieu à Londres, Berlin, révolution à Paris, Marseille et Lyon. Les ouvriers tentent de prendre le pouvoir, de constituer la révolution. Cependant, les révolutions de 1848 sont réprimées violemment dans toute l’Europe. Marx se rend compte de l’importance de fédérer tous ces mouvements en un seul (cf. Le manifeste du parti communiste). L’idée de Marx est de modifier le système économique pour transformer la société. La révolution bourgeoise de 1789 met fin aux sociétés médiévales et à la noblesse. Or, la classe ouvrière doit faire la même chose mais contre les bourgeois. Un lien s’ébauche avec la pensée grecque qui envisage une dichotomie des classes (hommes libres et esclaves, bourgeois et prolétaires). L’idée de cette révolution prolétarienne est que ce mouvement est inéluctable/naturel à toutes les sociétés, donc il concernera les pays les plus industrialisés. Or, l’histoire nous enseigne le contraire, ce sont les pays où l’industrie se développe difficilement que se produit la révolution. Marx s’est trompé sur un point : que ce n’est pas la misère qui crée la révolte mais le sentiment d’injustice qui naît de la misère qui engendre la révolution. Marx lira tous les travaux des économistes anglais (économie politique essentiellement anglaise avec A. Smith et Ricardo in L’origine de la richesse des nations) pour étayer ses réflexions (cf. P-J Simon in L’histoire de la sociologie)

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