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Les notions de don, générosité et altruisme relèvent de l’humanitaire au regard des sciences humaines et de la psychologie. L’acte de générosité/de don de soi/d’altruisme provient en grande parti du lien avec ce que nous sommes voire ce que nous ressentons. Le don de soi prend son sens dans une dynamique particulière, à la fois personnelle et psychique. Par ailleurs, l’humanitaire, soit le geste altruiste, est considéré comme un phénomène quasiment voire purement social. Ce geste ne relève pas seulement de la compréhension d’un comportement concret mais d’une mise en relation/communication amorcée par le geste humanitaire comme une passerelle entre celui qui aide et celui qui est aidé. C’est l’idée que l’humanitaire est un phénomène social puisque le lien se situe entre l’individu et le contexte social dans lequel celui-ci s’insère.
Celui qui aide porte secours/assistance et s’engage dans une relation nouvellement initiée. De ce fait, celui qui aide doit, d’une part, se montrer concerné par cet autre et, d’autre part, s’inscrire sur la scène du social. Il devient donc un acteur du social au travers de la pratique de l’humanitaire dont le moteur/la base est de s’interroger sur le sens de la pratique en elle-même et de sa propre implication dans cette pratique : qu’est-ce qui fait que je m’implique dans ce geste voire dans cette communication ? Reste à savoir ce qu’est l’altruisme, s’il existe une générosité à l’état pur et si ce geste est exempt de tout intérêt/gain personnel (voire d’égoïsme) ?
Marcel Mauss est les premier à avoir publié en 1923, dans la revue Année sociologique, un assai sur le don où il systématise/théorise la pratique du don et du contre don. En étudiant les sociétés dite « primitives », il fonde son essai sur une anthropologie de la réflexion et montre dans quelles mesurent ces sociétés s’appréhendent à partir de leur groupe, de leurs rapports sociaux en vivant de troc et d’échanges entre eux. L’exemple des pygmées de centre Afrique en Guinée, sociétés de chasseurs-cueilleurs, étaye sa théorie dans le sens où ses sociétés ayant besoin de fer, ils déposent à la lisière des forêts des fruits et d’autres substances afin que d’autres tribus les récupèrent en échange des denrées dont-ils ont besoin. Des sociétés vivent encore selon ce mode d’organisation, qui est le troc et où la valeur des biens est équivalente.
La question des conduites relatives au don/ à la solidarité ont une autre pertinence dans nos sociétés. Lorsqu’il est question de don, il s’agit de s’interroger sur la conduite citoyenne et donc sur ce qu’est l’altruisme et comment peut-on (bien) vivre ensemble ?
Le problème de l’altruisme et de la communication avec l’autre se pose avec beaucoup d’acuité (perspicacité). Par ailleurs, nos sociétés semblent souffrir d’une dilution voire d’une déliquescence/perte/disparition du lien social. Où se situe la générosité contemporaine ? Qu’est-ce qui fait qu’il y a ou non une survivance de la générosité, soit de l’humanitaire au sens du don ? Est-ce que nos conduites d’aide pro sociales sont-elles réellement tournées vers l’autre ou ne cacheraient-elles pas davantage un intérêt personnel, soit quelques motifs égoïstes plutôt qu’un véritable intérêt pro social ? Nous sommes tous préoccupés par notre réussite donc, de ça fait, les conduites sont tournées vers l’intérêt personnel.
Depuis les année 1970, le but visé, au travers des conduites d’aide et de l’action des associations humanitaires, n’est pas en priorité le bien-être de l’autre mais le notre, notamment en terme de raison d’agir, car le but est obtenu par des voies détournées. Le comportement/ la conduite d’aide est un moyen de mettre fin au vécu personnel qui nous est propre et qui peut nous être désagréable en tentant de faire disparaître la souffrance de l’autre. Dans cette perspective, e soulagement de l’autre devient une forme de bénéfice par rapport à une action visant à nous apporter « bonne conscience » et une estime de soi satisfaisante. D’où, la question : existe-t-il un profil altruiste ?
En 1973, le sociologue Batson a démontré qu’il existait une personnalité altruiste en expliquant que la générosité est fonction de la personnalité et du temps qui est consacré à l’action, soit :
Secourir l’autre se fait dans certaines circonstances (personnalité favorable à la solidarité et qui dispose de temps)
Il existe des conditions où l’altruisme n’a pas lieu d’être (pas de personnalité en faveur de la solidarité et pas de temps disponible)
Les mêmes personnes qui secourent , aident dans certaines conditions et pas dans d’autres
Dans l’humanitaire, un rapport de solidarité est instauré avec l’autre car celui qui aide partage avec l’autre ce qu’il a voire ce qu’il est il est question d’un rapport de réciprocité mais aussi de supériorité dans la mesure où celui qui reçoit le don et qui l’accepte se met dans un état de dette. Cette dette met le receveur dans un état de dépendance par rapport au donateur, qui, quant à lui, se retrouve dans une position qui l’oblige à donner (le receveur est dans la position qui l’oblige à recevoir). D’où, l’instauration d’une forme d’interaction entre receveur et donateur à travers le don qui met en place une différence voire une inégalité de statut entre donateur et donataire (situation hiérarchique fixée).
L’humanitaire et l’altruisme sont des comportements qui s’exercent au bénéfice de quelque chose ou de quelqu’un et, normalement, ce geste ne devrait pas attendre de récompense. Le véritable altruisme, dénué d’intérêt personnel, est celui qui se fait sans rien attendre. L’altruisme est un engagement délibéré et non coercitif mais certains pensent que l’altruisme réel n’existe pas. De plus, si cet altruisme existait, il disparaîtrait dès que l’on souhaiterait le saisir et il ne perdurerait pas. Pourquoi ? Parce que les êtres humains ne vivent pas seul en société et produisent de la société pour vivre. De ce fait, les hommes sont amenés à être altruistes dans le but d’utiliser le don comme vecteur de maintien du lien social pour (mieux) vivre ensemble. Dans les sociétés contemporaines, le fait de donner sans retour est difficile à imaginer. Le système de don relève d’un phénomène social et s’appréhende sous trois formes d’implication :
Donner
Recevoir
Rendre
Dans la notion de don, il y a des suspicions et des doutes quant à sa réalité en raison des formes perverties/illusoires de générosité. Par ailleurs, nos sociétés sont loin de celles décrites par Mauss. De plus, le don devient de moins en moins fréquents, d’où une certaine complexité liée aux représentations du don. Reste que la pratique du don se galvaude et, en parallèle, des lieux de sociabilité, plus fins et plus souples, se créent et permettent l’émergence de liens interpersonnels où le don se réalise de façon plus travaillée et mieux acceptée. Le don est appréhendé par un nouveau système et une nouvelle hiérarchie. Autour du don se crée, en effet, un véritable système de relations sociales moins réductibles aux enjeux économiques, politiques voire d’autres prérogatives (cf. Batson). Est-ce que le lien social, créé par cette participation, remplacerait il le don véritable ? Le don n’attendant rien en retour, le lien social ne ferait-il pas du « liant » entre les propositions ?
Dans la construction du lien social, la situation rappelle que le don et le contre don se caractérisent par une dynamique d’échanges et de relations. Le lien social est un moyen de créer et de produire ainsi qu’une tentative de rapport d’engagement vers autrui, soit une capacité sociale dont la visée est de constituer une expérience de vie (avantage concret).