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En observant des tribus en conflit, Mcdowell a remarqué qu’en offrant quelque chose à l’autre tribu, l’un des membres de la tribu en conflit avec cette dernière a pu introduire la paix entre elles. D’où, un passage obligé à une forme sociale d’échange permettant de trouver le moyen de reconnaître l’identité d’une personne et, plus tard, de conquérir d’une certaine manière le reste du monde.
Dans le lien, l’homme crée une force extérieure et réfléchit dans le but de construire des similitudes et des différences entre soi et l’autre. Il ne s’agit pas de donner pour recevoir mais pour que l’autre donne à son tour, reste qu’on ne donne pas non plus pour l’autre donne à son tour. Dans l’humanitaire, il existe une forme général de travail social mais cette action d’aider doit être définie pour le travailleur social. L’humanitaire et la communication se situent à l’articulation de l’individuel (soi-même) et du collectif (les autres) pour approfondir la relation d’aide au travers du don, de l’échange et de la communication, il est nécessaire de réfléchir sur la dimension psychique, laquelle conduit l’individu vers des pensées éthiques voire philosophiques. Ces pensées sont relatives à l’estime de soi, le souci de l’autre et la justice. Elles mettent l’accent sur l’importance de la réciprocité.
Remarque : l’Occident se situe dans un modèle du « donne et tu recevras » alors que l’Asie se réfère au modèle du « donne et n’attend rien en retour ». Il existe donc une interface entre le don et l’éthique du don dans une perspective philosophique occidentale qui caractérise le passage de l’égoïsme à l’altruisme.
Quelle place doit être assignée à la conduite d’aide ? Sachant que la piste de réflexion se situe dans l’articulation entre le sujet (individuel) et le groupe (collectif). L’empathie est une forme du don de soi et est la capacité à percevoir les émotions de l’autre en les faisant siennes tout en ayant conscience que l’autre n’est pas soi. L’empathie diffère de la compassion (voire de la sympathie) qui constitue le regard porté sur les autres en les considérant comme des semblables et non comme des étrangers. La compassion est une vertu qui conduit à reconnaître chez l’autre des émotions, soit une forme de souffrance, qui nous font nous sentir concernés par cette souffrance à tel point que nous croyons qu’il est question d’une situation difficile à vivre. Le don de soi est la faculté à s’autoréguler et, en d’autres termes, fait primer l’intérêt personnel.
Xavier Emmanuelli a montré qu’il fallait être capable de mettre des barrières dans nos actes même si on est dans l’empathie. Il est nécessaire de faire la différence entre la compassion naturelle/éducative/acquise et ce qui doit réellement/concrètement/professionnellement être fait. Aider l’autre exige qu’on se délivre soi-même de l’observation que cet autre nous donne. En psychologie, il est question d’oublier cet autre sans pour autant le rejeter. Le philosophe Levinas expliquait que dans une situation humanitaire, il faut être responsable pour l’autre tout en étant dans un rapport concret avec cet autre (ici et maintenant) et non dans l’abstraction. Levinas introduit dans sa pensée une éthique de la question de l’être.
Les penseurs montrent comment entrer dans une spirale qui tend à perdurer lorsqu’on se consacre à l’autre et que l’on attend quelque chose en retour. Reste qu’en aidant l’autre, on s’aide soi-même car notre rapport à l’autre dépend de l’autre puisque c’est lui qui le détient : comment cet autre va accepter ce que l’on fait ? L’idée est que l’on s’aide soi-même lorsque l’on met l’autre dans une situation dans laquelle il peut trouver lui-même la solution. Il s’agit de l’action de perlaborer (rendre conscient) qui signifie qu’en entrant en contact avec quelqu’un dans la relation d’aide, un espace psychique réel est aménagé pour que l’autre puisse décider de s’inscrire dans la démarche et de faire mûrir les actions qu’il souhaite entreprendre. En mettant l’autre dans une place de priorité, et non en lui fournissant les recettes, il s’agit de faire que l’autre s’approprie les démarches et devienne acteur de ses actions.
La notion de responsabilité est à évoquer dans la mesure où quand l’individu se met en situation de responsabilité, il prend des risques. Dans ce sens, l’acte humanitaire représente une risque mais dans lequel on s’y engage volontairement même si on s’expose à certains traumatismes. Il est indispensable de réfléchir sur le fait qu’on soit en position de supériorité, voire dans un état d’excès de générosité, car les élans d’accompagnement peuvent être refoulés en raison de l’impossibilité des personnes à rendre la générosité mis à leur disposition (cf. « donne autant que tu prends et tu iras bien »).
Les personnes faisant de l’humanitaire d’urgence font du bénévolat, il s’agit d’actions ponctuelles, rapides et soumises à de fortes pressions. L’humanitaire d’urgence se caractérise aussi par une attente de résultats car des objectifs sont à atteindre en raison des pressions médiatiques, gouvernementales et des attentes des populations. L’humanitaire de développement renvoie au volontariat et l’humanitaire d’urgence au bénévolat. Qui sont ces hommes et ces femmes qui consacrent leur vie à l’action humanitaire (cf. Henry Dunan, fondateur de la Croix Rouge, A. Schweitzer, fondateur d’une école pour lépreux en Afrique) ? En psychologie, il s’agit d’un bénéfice secondaire qui est recherché à travers ce don de soi, soit agir au bénéfice des autres. Reste à s’interroger sur ce qui est mis en commun dans la voie de l’humanitaire et ce que veut dire de nos jours être altruiste ?