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03/10/07 - " De l’intégration à l’insertion : les nouvelles formes d’engagement "

1970 : Période qui se caractérise par l’engagement des travailleurs sociaux dans le domaine de la recherche sur la protection de l’enfance au regard des évolutions des familles et des politiques publiques. Il s’agit dès lors de synthétiser 40 ans d’insertion.

Il est indispensable de saisir les transformations de la société sur ces 40 dernières années.

Entre 1960 et 1970, le travail social se caractérise par un engagement politique. Le panorama des transformations/mutations radicales de la société depuis les années 1950-1960 s’appréhende par le passage d’une société d’intégration à une société d’individus en insertion. Dans les années 1950, la société est capable de se représenter comme une totalité qui incorporait les individus. La société est alors intégrée autour de deux grandes dimensions : travail et citoyenneté. Ces dimensions sont étroitement imbriquées. D’une part, la sphère du travail se caractérise à cette époque par une stabilité dans l’emploi. Les ouvriers, techniciens et cadres restaient toute leur vie dans une même entreprise qualifiée d’entreprise/maison ou d’entreprise/famille. D’où, un fort sentiment d’appartenance autour de l’entreprise. Cette identité d’appartenance s’est construite par le biais d’une appartenance à une collectivité, soit un « nous ». C’est l’idée que le « je » disparais dans le « nous ». D’autre part, la prédominance de l’Etat/nation, soit la République, fait que l’identité est profondément liée à la citoyenneté, la relation d’un citoyen à la République exprime une totalité.
Une société d’intégration est une société capable d’intégrer/incorporer les individus comme des parties dans un tout, tout en étant cohérente. D’après Durkheim, le mode de solidarité qui figure dans cette société est qualifié d’organique, idée qui perdurera jusque dans les années 1960. Par comparaison, le type de solidarité à l’œuvre dans les sociétés traditionnelles est qualifié de mécanique. Dans le modèle de solidarité organique, même si les individus s’individualisent, il est nécessaire qu’ils soient complémentaires. La division du travail repose sur une complémentarité des fonctions. De ce fait, c’est le tout social qui prédomine sur les individus/parties. Dans cette société d’intégration, les institutions (famille, école, Eglise, Etat) imposaient des formes socialisation, lesquelles donnent lieu à des manières de penser et d’agir fortement homogènes. Par exemple, le modèle de la famille des années 1950 renvoie à un mode patriarcal (domination de la figure du père), une structure nucléaire (recentrage sur parents/enfants) et une nette division des rôles au sein de la famille. D’un côté, le père représente l’autorité, la loi et le travail (dans les théories anthropologiques, le père est le représentant symbolique de la culture, la loi et le travail). D’un autre côté, la mère rappelle la nature et l’affection

Jusque dans les années 1960…

La femme dépendait du mari notamment au niveau du travail, de la protection sociale, du budget du ménage. La société entretenait des rapports cohérents avec ses parties sauf qu’ils étaient injustes et coercitifs envers la femme. Le mariage représentait la relation d’alliance, soit la matrice institutionnelle de la famille considérée comme indissoluble. De même que dans l’emploi, la famille se caractérise par une durée/stabilité dans sa structure. Seul le mariage permettait la légitimité de la filiation, donc une supériorité du juridique face au biologique. La différence de droits entre enfants légitimes et enfants non reconnus s’explique par cette stabilité dans la filiation. Les institutions créaient donc des formes de socialisation très fortes donnant lieu au développement de communautés, notamment ouvrières (solidarité ouvrière) ou rurales (villages). Le sentiment d’appartenance identitaire qui s’y développe rappelle le poids du « nous ». Les ensembles sociaux stables s’inscrivaient dans l’histoire et étaient aussi portés par des grands discours. Ce sont les discours qui font l’objet de croyances, lesquelles donnent le sens de l’histoire et donc le sens de sa propre vie dans l’histoire. Le premier grand discours est celui des chrétiens sauf que les grands discours fonctionnent sur le même modèle, à savoir : le discours téléologique (du grec télos : fin/but, et logos : discours). Le discours marxiste, dans les années 1950-1960, est un exemple de discours téléologique qui prévoit l’instauration d’une société sans classes après la prise du pouvoir par le prolétariat, lequel impose sa dictature (mouvement centripète).

Les années 1960-1970

… sont donc marquées par un effondrement des grands discours et la disparition du sentiment d’appartenance pour les individus. A l’identité fondée sur l’appartenance se substitue l’identité de trajectoire des individus. Un phénomène d’individualisation s’amorce en lien avec la déliance de l’individu par rapport aux groupes/communautés. L’individu fonde alors son identité à partir de son parcours de vie. L’idée est de se réaliser/se constituer en tant que sujet. De ce fait, les groupes/communautés ne doivent pas interférer dans la construction du sujet. D’où une individualisation de la vie mettant à distance les communautés/groupes afin de construire l’authenticité de sa propre trajectoire et découvrir son projet de vie.
Dans les années 1960, le travail communautaire inscrivait l’individu dans une dynamique de groupe. Du coup, lorsque les conditions de vie d’une collectivité changent, la vie des individus change aussi individuellement. De nos jours, il existe un souci d’individualisation du travail social. Le problème que cela pose est que les individus ont le poids de leur déserrance à porter. Dans le domaine de l’insertion, c’est un renversement total par rapport à ce qui se passait dans les années 1960-1970. En effet, ce ne sont plus les conditions sociales qui expliquent la situation des individus mais les individus eux-mêmes. Le rapport des individus à la société est alors remis en question, notamment en matière de droits sociaux.

Dans les années 1960

La famille constitue une autre rupture/changement dans notre société. L’engagement féministe dans le développement du travail, la formation et la maitrise du corps (avortement, contraception) illustre ces bouleversements. A cette période, les femmes accèdent à un statut égal à l’homme, elles deviennent autonomes dans leur vie, ce qui constitue une première dans l’histoire des sociétés. En effet, la femme accède à un statut qui n’est plus soumis à celui de l’homme, révolution à la fois culturelle et sociale qui explique l’évolution de la société. Ces mutations ont pour effet de renforcer les comportements individualistes, les individus s’émancipent de plus en plus par rapport aux groupes, à la culture et la tradition (fait positif). Les rapides évolutions de la structure familiale découlent de ces transformations sociétales. Le mariage déclinant, il ne représente plus la famille dont les formes se diversifient (divorces, familles recomposées, homoparentalité, concubinage, naissances hors mariage). Désormais, c’est l’enfant qui fait tenir la famille. De plus, avec les nouveaux impératifs de la protection de l’enfance datant des années 1990, les parents sont tenus de garder un lien indissoluble avec l’enfant. De ce fait, la filiation (de relations interindividuelles juxtaposées dans le cas des divorces) par rapport à l’enfant constitue la famille, laquelle n’est plus un tout mais du relationnel. Comme il est désormais question de négociations dans les relations, plusieurs changements surviennent :
les rôles symboliques ne sont plus assignés comme auparavant (pères maternant ne représentent pas uniquement l’autorité et les mères paternantes ne symbolisent plus seulement l’affection), on passe de la reproduction des rôles à l’invention des rôles.
Il y a une perte du principe d’autorité puisqu’il s’agit d’inventer de nouvelles formes d’autorité qui ne s’imposent pas d’elles-mêmes et qui doivent justifier leurs décisions auprès desquels elles interviennent pour être légitimées. L’autorité va se mériter et se fonder sur la parole, la discussion, la négociation.
La famille ne représente plus une institution car il n’existe plus de forme et de filiation légitimes de la famille.

A la fin des années 1990

Les enfants naturels et non reconnus ont des droits de succession et la transmission des biens entre conjoints s’est améliorée. Le mariage n’a donc plus aucun fondement institutionnel. La famille est désormais un réseau de relations avec des personnes qui négocient sans cesse leur projet.
Depuis la fin des années 1960, disparition progressive du sentiment de solidarité rurale et paysanne. Vers la moitié des années 1970, c’est au tour du sentiment de solidarité ouvrière de décliner en raison de la fermeture des industries. La sociologie des religions explique qu’aujourd’hui chacun se construit sa religion individuelle (excepté une extrême minorité), c’est ce « bricolage religieux personnel » qui enlève le sentiment d’appartenance à une entité. D’après Liotard, tous les grands discours se sont quasiment tous effondrés, même le récit du progrès développé au 18ème siècle s’émiettent, au profit de la réinvention d’un discours centré sur la prévention.
Il existe une différence fondamentale dans la rupture entre la société d’intégration et la société d’insertion des individus. L’une donne une place aux individus à travers le travail, les institutions (famille), la citoyenneté liée au sentiment d’appartenance à une totalité (Etat/nation) et une stabilité et une durabilité dans les statuts sociaux et les rites d’initiation. L’autre implique de devoir trouver sa place au travers d’un parcours personnel sachant que les situations ne sont ni stables, ni durables et que la vie s’annonce chaotique et erratique. D’où, une société qui impose un effort de réflexivité/de retour sur soi pour construire la cohérence de sa vie.
Les sciences sociales permettent à la société de se réfléchir. Dans les années 1960-1970, des travaux comme ceux de F. Dolto sur l’enfant (considéré comme une personne/sujet) ont permis de transformer le système éducatif. D’où, une réflexivité dans la distanciation et, en même temps, dans l’immédiateté (Internet), ce qui explique les tensions créées entre le fait d’être happé par la réalité et celui de ne pas avoir assez de recul sur les choses.

 

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