|
Remerciements à emareva, pour la création de site ASS et son référencement.AccueilPrésentation |
|---|
| PratiqueInformationsAnnuaire
|
Dans Le tiers instruit de Michel Serres, ce dernier explique qu’instruire et engendrer (procréer/créer) sont synonymes et conduisent inéluctablement à la connaissance. Il n’y a pas de relation d’apprendre à apprendre si on ne s’instruit pas et qu’on n’engendre pas cette instruction, laquelle conduit à la c connaissance, soit l’expérience et l’instruction.
En Grèce antique et au pays des Pharaons, on appelait pédagogue ou guide, l’esclave qui conduisait l’enfant noble à l’école. C’est au cours de ce trajet que la relation d’apprendre à apprendre s’élaborait entre l’esclave (le guide) et l’enfant (l’apprenant), lequel connaît une seconde naissance. D’où, la nécessité de l’idée de voyage avec/vers l’autre, l’altérité, l’inconnu, le nouveau dans cette relation d’apprendre à apprendre. Ce voyage implique le passage d’un monde clos à un univers externe. L’instruction amène à la connaissance de l’altérité de l’autre. D’après des chercheurs, l’esclave occupait un rôle prépondérant, relatif à un rôle de maître, au cours de ce trajet entre la maison et l’école. Un double mouvement de migration se révèle : émigrer de la maison vers l’école et migrer dans son développement sur le monde extérieur malgré le décalage socioculturel entre l’esclave et l’enfant. La relation d’apprendre à apprendre intègre la différence de connaissances et de niveaux socioculturels. Par cet échange/communication, l’esclave et l’enfant partage un moment d’égalité. Cette transmission permet à l’enfant noble d’équilibrer sa participation dans ses relations avec les autres enfants nobles : “aimer le voyage à l’école, l’instruction de cette migration entre la maison et l’école”. Il en est de même pour l’exemple de Blanche Neige qui, seule dans la forêt, rencontre des nains, qui ont la particularité d’être aussi des vieillards, avec lesquels elle vit une sorte d’égalité (décalage entre l’âge et la taille compensé). Blanche Neige peut s’identifier aux nains au sens où elle n’est qu’une enfant qui a une grande taille et les nains au sens où ils sont certes petits mais ils ont fait l’expérience de la connaissance. Comme Blanche Neige se sent protéger, elle peut alors transmettre, apprendre et retransmettre.
Dans la transmission de la connaissance, l’exclu (l’esclave) est porteur d’étrangeté voire de mépris car il vit dans un temps impersonnel (différent de l’enfant noble) et est détenteur d’enseignement différent. Il est appelé “iste”, soit “celui qui est en dehors, à l’écart”. À l’opposé, l’enfant noble qui fait le voyage vers l’acquisition des connaissances pour devenir maître est appelé “ille”, soit “celui qui va acquérir la connaissance”. Reste que celui qui s’engage dans ce voyage s’expose à certaines difficultés qu’il devra accepter pour mieux les surmonter. Le savoir et l’apprentissage vont donner lieu à un troisième élément qui s’avère être la science/l’histoire/l’esprit/la connaissance/le savoir. Reste à savoir qui de l’apprentissage ou de la connaissance a commencé ? Ces deux processus sont interdépendants, leurs contenus s’ajoutent, s’inter échangent, foisonnent. On peut comprendre en ce sens que l’apprentissage est arrivé après la connaissance, sorte de réceptacle d’accueil du savoir.
Aristote a montré que le philosophe, en tant que porteur de philosophie, est celui qui sait plein de choses qu’il explique très bien et qu’il transmet à celui qui l’écoute d’une position intéressée. En ce sens, nous sommes tous des philosophes et des écoutants. Par exemple, les liens existant entre la psychologie et les problèmes d’apprentissage s’expriment par la mise en commun des connaissances devant la complexité de certaines situations : comment la construction du sens de certains mots de lecture peut avoir de l’importance pour l’enfant et pour l’équipe de professionnels qui le suit ?
Le cas d’un enfant français d’origine portugaise à qui a été proposé un suivi médico-psycho-social en raison de ses graves difficultés scolaires permet de rendre compte de l’intérêt du sens des mots de lecture dans des situations compliquées. La mère, ne parlant pas couramment le français, n’a pas appris à l’enfant sa langue maternelle alors qu’elle l’avait fait pour ses autres enfants. Le père était maçon et avait un penchant pour la boisson. Il meurt suite à des complications médicales au moment où l’enfant entre à l’école primaire. L’enfant est en échec scolaire et est orienté en filière spécialisée. Il sort du système scolaire à 16 ans et est illettré. Il ne peut pas lire et parle très peu. L’ambiance familiale est violente, un frère se drogue et, seule, une sœur s’en sort. Le juge des enfants décidera d’une assistance éducative qui introduira le jeune à un atelier de lecture. C’est au travers d’une illustration imagée (un poulet dans un plat) que les professionnels s’apercevront que cette difficulté à lire correctement la phrase est à réfléchir. Le père élevait des poulets dans la cour de la maison pour les manger et le fait que le jeune voyait le corps du poulet s’animer alors que son père venait de lui couper la tête sur la table à manger a provoquer une sorte de traumatisme chez ce jeune. De plus, le père l’encourageait à se battre contre d’autres enfants de son âge en faisant des paris sur ses matchs. D’où, un amalgame de choses foisonnantes et difficiles à intégrer. Les éducateurs et les formateurs ont travaillé sur la connotation et la transmission des savoirs se trouve confrontée à une pluralité de résonnances. Il s’agit d’un travail à partir d’un mot, d’une phrase, d’une expérience langagière qui va entraîner une construction qui tendra à favoriser ou non le sens des choses. Derrière la transmission cognitive se trouve la transmission affective/imaginaire qui permet de répondre au besoin de protection face à des événements porteurs de danger (poulet renvoyant à la police). Il n’est question ni de lacune, ni de faute de lecture (lorsque que le jeune dit “poule” au lieu de “poulet”), encore moins d’une confusion sémantique ou d’une pauvreté de vocabulaire dont sont taxés les jeunes en difficulté de lecture et, donc, dans le rapport d’apprendre à apprendre. Certains sont accusés à tort de handicap socioculturel. Dans le cas du jeune d’origine portugaise, le mot poulet est porteur d’affectes douloureux et saturé d’expériences émotionnelles désagréables mal ou pas du tout vécues, ajouté à une impossibilité d’en parler et de neutraliser ce type de biais. Le fait d’entrer dans l’écrit permet aussi une mise à distance des choses.
Apprendre à apprendre consiste à sortir des choses qui sont en soi et les transmettre à d’autres, c.à.d. sortir de soi afin de percevoir le fait que l’autre a des choses à me dire. Le rôle du formateur/accompagnateur est de dépasser ces mêmes fonctions de transmetteur, rôle lié à une attitude d’écoute empathique respectueuse et ciblée sur le récit (n’est pas mécanique). Reste à ne pas confondre le travail clinique avec l’apprentissage même s’il existe des passerelles voire des complémentarités entre les deux. Un choc dans l’enfance peut déclencher une construction particulière d’un savoir, reste au professionnel de l’identifier et de travailler avec l’autre pour l’aider. L’exemple a montré qu’en faisant entreprendre un chemin détourné, le jeune, réputé silencieux et illettré, a pu enclencher un travail personnalisé alors que le discours psychopédagogique scolaire ne jugeait pas nécessaire une prise en charge psychothérapeutique sur la parole. Néanmoins, une médiation scolaire et familiale mettant en oeuvre transmission simple a permis au jeune de l’aider dans sa construction identitaire et affective. La transmission se caractérise par un va et vient pluridisciplinaire qui est utile lorsqu’il y a une véritable réciprocité/synergie. Cet engrenage de l’apport des savoirs interdisciplinaires a permis au jeune d’apprendre à différencier les genres et à pouvoir fournir les bons éléments au bon moment. Concernant la famille du jeune, un travail de reconstruction du cadre déstructuré a permis d’aider les membres de sa famille. D’où, une manière concrète et simple de rétablir des liens dans le fait d’apprendre à apprendre. La collaboration sociale, familiale et scolaire a concédé la possibilité de soutenir un nouveau type d’apprentissage qui supposait l’inscription du jeune dans une bonne relation.